Kyle, le secrétaire d'état aux entreprises, et la folie de spacex : risques publics et ambitions démesurées

Le secrétaire d’État au Développement économique, Peter Kyle, semble avoir succombé à une fascination pour SpaceX, une obsession qui se traduit par une nouvelle approche audacieuse – et potentiellement dangereuse – pour soutenir l’émergence d’une première entreprise britannique d’un trillion de dollars.

Une « conciergerie » whitehall : une course à la grande ambition

Lancée cette semaine, cette « conciergerie » vise à simplifier la navigation des jeunes entreprises à travers les bürocratiques de Whitehall. L’annonce officielle a été ponctuée d’une ambition démesurée : « nourrir » le premier géant britannique d’un trillion de dollars. Une ambition qui place le Royaume-Uni face à un défi colossal, HSBC, la plus grande entreprise de la Bourse de Londres, valant à peine 235 milliards de livres sterling. Arm Holdings, designer de puces britannique en pleine croissance, cotée en bourse aux États-Unis (malheureusement), est déjà estimé à 280 milliards.

Risques publics et investissements audacieux

Risques publics et investissements audacieux

Kyle semble croire pouvoir « nourrir » une entité bien au-delà de ces chiffres. Mais cette démarche, s’analyse-t-on, soulève des inquiétudes. Il s’appuie sur deux véhicules d’investissement – la Banque britannique du développement (BBB) et le Fonds National de richesse (FNR) – dont le financement est étendu par le Trésor. Selon le Sunday Times, Kyle annonce une prise de risques accrue, une « augmentation du seuil de risque » dans sa volonté de soutenir l’innovation britannique en phase de développement.

Un « nous » flou et une ambition « agressive »

Un « nous » flou et une ambition « agressive »

Le problème majeur réside dans l'emploi du terme « nous », laissant planer le spectre de fonctionnaires, voire de Kyle lui-même, se considérant comme des gestionnaires de fonds. Une pratique inacceptable dans le système actuel. La BBB, guidée par la stratégie industrielle du gouvernement et le FNR, axé sur les infrastructures critiques, reçoivent leur financement du Trésor, mais les politiciens doivent rester strictement à l’écart des opérations quotidiennes de prêt et d’investissement. Kyle prône une ambition « agressive », une ambition qui sonne à présent comme une provocation. Il serait plus judicieux de souligner, par exemple, que l’investissement dans Oxford Quantum Circuits, la dernière initiative, est un suivi d’une participation déjà engagée en 2022. La BBB, malgré quelques incursions audacieuses – comme l’investissement de 25 millions de livres sterling dans Octopus-backed tech companies Kracken (déjà critiqué) – semble avoir pris une direction plus logique avec ce projet de quantum computing.

Réaction et défense

Réaction et défense

Face aux critiques sur une « corporativité des années 70 », Kyle se défend avec virulence, affirmant que les années de passivité face au déclin de l’industrie britannique sont terminées. Il prône une politique industrielle interventionniste, un moteur de croissance économique. Il est vrai que l’ambition de Kyle se fonde sur une volonté de combler un déficit de financement chronique, et que le gouvernement s’efforce de faire face à cette lacune. Mais il surévalue le rôle de la BBB et du FNR. Ces organismes sont principalement axés sur les prêts et les garanties, complétant souvent leurs investissements par des fonds privés. L’objectif ultime est d’améliorer l’accès au financement pour les jeunes entreprises et les projets d’infrastructure. Une noble ambition, mais dont Kyle déforme l’image avec son discours enflammé sur « les paris importants » et sa « quête » pour la première entreprise britannique d’un trillion de dollars.

Au-delà des promesses : une discipline investissement réaliste

Il est impératif de se rappeler que la stratégie interventionniste est censée être guidée par des critères de risque stricts et une discipline d’investissement rigoureuse. Il est donc plus pertinent de mettre l’accent sur ces principes fondamentaux. La réalité est que la BBB peut désormais investir jusqu’à 150 millions de livres sterling dans une seule entreprise. L’investissement récent de 100 millions de livres sterling dans Oxford Quantum Circuits est un exemple éloquent. Loin d’être un pari audacieux et inédit, il s’agit d’un investissement de suivi dans une société déjà soutenue par la BBB depuis 2022. La BBB continue d’explorer des pistes inhabituelles (comme l’investissement de 25 millions de livres sterling dans Octopus-backed tech companies Kracken), mais l’investissement dans le quantum computing semble suivre une logique interne cohérente.

Le gouvernement, dans sa volonté de soutenir l’industrie britannique, n’agit pas dans un vide. Cependant, Kyle ne fait que magnifier les pouvoirs de la BBB et du FNR, des organismes dont le cœur de métier est le prêt et la garantie. La vraie ambition est d’améliorer l’accès au financement pour les jeunes entreprises et les projets d’infrastructure. C’est une aspiration valable, mais qu’il présente de manière excessive avec son discours exubérant sur « les paris importants » et sa « quête » pour la première entreprise britannique d’un trillion de dollars.