Yoko ono: une performance audacieuse face aux scissors – los angeles
Yoko Ono va faire revivre, le 17 et 18 juillet, l’œuvre controversée et profondément personnelle de Cut Piece, une performance emblématique de 1964 qui lui a valu une réputation d’artiste radicale et vulnérable. L’exposition Music of the Mind, présentée au musée The Broad à Los Angeles, projette une séquence en noir et blanc de cette performance historique, où l’artiste, alors âgée de 31 ans, s’exposait à la volonté aléatoire du public.
Un risque calculé : la vulnérabilité au cœur de l’œuvre
L’œuvre, classée dans la tradition Fluxus, repose sur la participation du spectateur. Un groupe de badauds, armés de ciseaux, étaient invités à défaire les vêtements de Ono, une démarche qui laisse l’artiste totalement à la merci de leurs impulsions. Sarah Loyer, curator au The Broad, explique : « C’est précisément cette prise de risque inhérente qui fait la force de Cut Piece : l’artiste se livre entièrement à la volonté de l’auditoire. »

Une appréhension palpable
Ono elle-même, l’a qualifiée de « pièce terrifiante à interpréter ». La tension est palpable dans les images de l’époque, notamment lorsque un jeune homme s’attaque aux attaches de sa chemise. Mais, selon Loyer, le simple fait de regarder la documentation de la performance nous place à distance. Pour saisir pleinement l’impact de l’œuvre, le musée organise deux représentations live, interprétées par l’artiste MPA, une figure de l’Art contemporain qui explore les liens entre le corps, la politique et la violence.

Mpa : une réponse à la question du temps
MPA a accepté l’invitation du studio d’Ono avec un mélange de fierté et d’appréhension. Elle déclare : « Je ne crains pas les ciseaux. » Sa véritable inquiétude réside dans la capacité de cette œuvre iconique, déjà inspirante pour Marina Abramović et même pour The Simpsons, à résonner encore aujourd’hui. « Peut-elle encore provoquer ce sentiment d’inconfort ? Ou retombera-t-elle dans une simple réplique ? »

L’évolution d’une œuvre
Depuis 1964, Cut Piece a été interprétée de multiples façons, notamment par Peaches et Ono elle-même six fois. Connor Monahan, son directeur depuis 2008, insiste sur le fait que chaque présentation est une nouvelle performance, influencée par le contexte spécifique de l’audience et du lieu. Yoko Ono n’avait pas envisagé une issue prédéterminée, l’œuvre devenant un commentaire sur les choix individuels et la participation du public. Les instructions restent les mêmes, mais les personnes et les circonstances ne cessent de changer.
Des racines profondes dans la vulnérabilité
MPA a découvert, lors de ses recherches, que la relation d’Ono avec l'œuvre avait évolué au fil du temps. En observant des images de la performance de 1964, elle a perçu une vulnérabilité grandissante dans les yeux de l’artiste. MPA ajoute : « Initialement, Ono a créé cette œuvre pour exprimer sa colère face à la manière dont les corps des femmes étaient traités. Cette intention a évolué vers un geste de paix. »
Un vestige de colère et d’amour
Avant sa dernière performance en 2003, Ono a invité le public à lui envoyer des morceaux de ses vêtements en cadeau, affirmant : « Quand j’ai d’abord interprété cette œuvre, en 1964, je l’ai faite avec une certaine colère et une certaine agitation dans mon cœur. Cette fois, je la fais avec amour pour vous, pour moi et pour le monde. »
Un hommage aux matériaux et au geste
Pour cette nouvelle interprétation, MPA a choisi de porter des créations de designers spécialisés dans les œuvres liées à la violence et aux régimes autoritaires. Victor Barragán pour samedi, Aliona Kononova pour dimanche. La préparation physique et émotionnelle est intense, avec des séances de méditation et de longues marches. Le résultat final est incertain. MPA conclut : « Je pense que l’acte même de ressentir les ciseaux froids et tranchants sur mon corps restera provocateur. Et ce que cela fera pour le public, nous devrons le découvrir. »
Au-delà des ciseaux : une présence affirmée
Si l’artiste exprime une légère inquiétude quant à la possible intervention d’un spectateur pour couper sa queue, ses appréhensions se sont considérablement atténuées, notamment grâce à la maîtrise de soi d’Ono elle-même. Elle affirme : « La puissance de cette œuvre réside dans la capacité à rester muette et à maintenir une présence imposante. Cela réaffirme pour moi, dans l’art vivant, la force de notre expression. »
MPA interprétera Cut Piece au Redcat Theater à Los Angeles les 18 et 19 juillet. Music of the Mind est présentée au The Broad jusqu’au 11 octobre.
