Brad pitt face à l’abîme : ad astra, un voyage intérieur sidéral
Oubliez les batailles spatiales et les héros galactiques. James Gray, réalisateur habituellement cantonné au drame psychologique, a pris le pari audacieux de transposer ses obsessions sur les écrans étoilés. Le résultat ? Ad Astra, un film avec Brad Pitt qui bouleverse les codes de la science-fiction et qui, loin des explosions, sonde les profondeurs de l'âme humaine.

Un père perdu, une planète à sauver
L'histoire est simple en apparence : Roy McBride (Brad Pitt), un astronaute d'une précision chirurgicale, est chargé d'une mission désespérée. Son père, un explorateur disparu des années auparavant lors d'une mission vers Neptune, est suspecté d'être responsable d'ondes radio destructrices menaçant la Terre. Roy doit le retrouver et stopper cette menace, mais le voyage est bien plus qu'une simple quête : c’est une plongée dans le passé et les blessures d’un homme.
Gray, fidèle à son habitude (on se souvient de Two Lovers et de Z, la cité perdue), détourne le genre pour en révéler la vulnérabilité. Ad Astra n'est pas un blockbuster à effets spéciaux, bien que la réalisation visuelle soit époustouflante, avec des images de l’espace saisissantes. C'est une œuvre contemplative, presque intimiste, qui emprunte à la littérature classique, évoquant Le Cœur des ténèbres de Conrad ou L'Odyssée d'Homère, par sa dimension symbolique et son exploration de la condition humaine.
Le rythme lent et mesuré du film, parfois critiqué, est en réalité un atout majeur. Il permet de savourer l'isolement de Roy, son désarroi face à l'immensité cosmique et à l'absence paternelle qui le hante. Pitt livre une performance discrète mais intense, incarnant la fragilité et la résilience de cet homme face à l'adversité.
Mais au-delà du récit, Ad Astra pose une question essentielle : quel est le sens de l'existence humaine face à l'immensité du cosmos ? Le film ne donne pas de réponse facile, préférant laisser le spectateur se confronter à ses propres doutes et à son propre vide existentiel. C'est un film qui vous poursuit après le générique, vous laissant une sensation d'étrange mélancolie et de profonde introspection.
L’implication de Brad Pitt, non seulement devant, mais aussi derrière la caméra, en tant que producteur, témoigne de sa conviction dans le projet. Un projet qui, malgré une diffusion limitée sur Prime Video (disparition prochaine du catalogue, attention !), mérite amplement qu’on lui accorde une attention particulière. Car Ad Astra est bien plus qu'un film de science-fiction : c’est une œuvre d'art qui nous force à regarder à l'intérieur de nous-mêmes, face au vide, face à l'éternité.