Foc fest : une révolution comique émerge du sous-sol londrien
Kemah Bob, figure montante de la scène comique britannique, ne se contente pas de faire rire. Elle bâtit un écosystème. Son projet, initialement modeste, a explosé, et le FOC Fest, événement qui se profile à Soho Theatre, témoigne d'une ambition démesurée et d'un besoin criant : offrir une plateforme aux humoristes noirs, femmes, et trop souvent invisibles.
Un club né d'un besoin simple
Tout a commencé en 2018, d'une envie simple : travailler avec des artistes de la diversité, loin des configurations habituelles dominées par les hommes blancs. Ce qui était une heure de spectacle au sein du festival The Cocoa Butter Club s'est transformé en un espace de création fertile, un incubateur pour des talents en quête de reconnaissance et de soutien. Le FOC It Up, le club fondé par Bob, n'est pas qu'un lieu de performance ; c'est une famille.
« Je voulais un espace qui résonne d'authenticité, de chaleur, d'inclusion », explique Bob, soulignant que ce n'est pas une façade mais une réalité palpable. C’est une communauté où la présence de chacun est célébrée, une dynamique puissante qui attire et nourrit la créativité.

Foc fest : plus qu'un festival, un mouvement
Le FOC Fest, qui se déroulera le 18 avril, est le point culminant de cette ascension. Une journée entière dédiée aux ateliers, aux masterclasses, aux opportunités de réseautage et, bien sûr, à un spectacle comique explosif. Bob, avec son humour désarmant, qualifie l’événement de « vraiment marrant ». Mais il y a bien plus que du divertissement en jeu.
L’objectif est d'offrir aux artistes, en particulier les femmes et les personnes LGBTQ+, les outils nécessaires pour se développer et s’affirmer. Un masterclass pour les humoristes trans et queer, un atelier pour gérer les émotions à travers l'humour, des tables rondes avec des figures influentes comme Nana Hughes et Julia McKenzie. Les sujets abordés sont aussi variés que les parcours des participants. Et, comme le souligne Bob, « les membres du public blancs sont encouragés à faire preuve d'une introspection sur leurs propres privilèges. »
Loin de se complaire dans le succès naissant, Bob est consciente des défis qui restent à relever. Le club opère sans le moindre soutien financier, vivant de ses propres moyens, une réalité qui rend chaque pas encore plus difficile. « Nous utilisons l'excédent de nos revenus pour financer le festival, parce qu'il n'y a pas d'argent disponible pour les événements à notre échelle. »
Ce qui est frappant, c'est l'engagement inébranlable de Bob, qui jongle entre les sollicitations de sponsors, les demandes de financement et la gestion quotidienne du club. Elle déplore le manque d'intérêt des entreprises pour des initiatives comme la sienne, un signe que la diversité et l'inclusion ne sont pas toujours considérées comme des priorités.

Un rêve international
Malgré les obstacles, Bob ne baisse pas les bras. Son ambition est de transformer le FOC It Up en une institution internationale, un carrefour d'artistes du monde entier, de New York à Berlin, en passant par l'Inde. Elle rêve d'un espace où les cultures se croisent et où les talents émergents sont encouragés à s'épanouir. « Le potentiel est immense », affirme-t-elle, convaincue que la communauté comique qu'elle a créée est une source inépuisable de créativité et d'énergie.
Car, au-delà de la comédie, il s'agit de réappropriation, de rire face à l'adversité, de trouver sa voix et de la faire entendre. Et le FOC Fest est une preuve éclatante que, parfois, les projets qui démarrent modestement peuvent devenir des mouvements capables de changer le monde, un rire à la fois.
