Argentine peso résiste : une anomalie dans un monde agité
Alors que le conflit au Moyen-Orient secoue les marchés financiers mondiaux, l'Argentine affiche une résistance surprenante : son peso s'est apprécié, une performance rare parmi les devises des économies émergentes.
La guerre en Iran
, et la flambée du prix du pétrole qui en découle, ont provoqué une vague de repli des monnaies à travers le globe. Le real brésilien, le peso mexicain, et le rouble russe ont subi des baisses significatives. Pourtant, le peso argentin a connu une appréciation d'environ 1% depuis le 26 février, date du début des frappes américaines et israéliennes sur l'Iran.Une appréciation inattendue, soutenue par la banque centrale
Cette dynamique contraste fortement avec la tendance générale à la faiblesse des devises émergentes. La chute du dollar américain, qui a franchi la barre des 1 400 pesos en bourse au comptant, a également contribué à cette situation. L'indice DYX, qui mesure la performance du dollar par rapport à un panier de devises des pays développés, a interrompu sa baisse et affiche une progression de près de 1,5% sur le dernier mois. Le dollar s'est ainsi affaibli, profitant de la volonté du Banco Central de la República Argentina (BCRA) d'intervenir massivement sur le marché.
Le BCRA a injecté plus de 3 600 millions de dollars depuis le début de l'année 2023, et 132 millions supplémentaires hier, afin de freiner la dépréciation de la monnaie. Cette intervention, combinée à une inflation relativement maîtrisée à 2,9% au premier trimestre, a permis une appréciation réelle du peso de 10% depuis le début de l'année. Cependant, ces achats de dollars ont également pesé sur les réserves de la Banque Centrale, qui ont subi une baisse de près de 5% due à la chute du prix de l'or.
La situation a incité certains économistes à plaider pour l'assouplissement, voire l'abolition, du contrôle aux changes. L'argument est simple : une plus grande offre de dollars sur le marché pourrait inverser la tendance à l'appréciation du peso. Mais le gouvernement a rejeté cette proposition, craignant une nouvelle pression sur le dollar, comme cela s'était produit avant les élections de l'année précédente. Il privilégie la stabilité du taux de change comme un rempart contre l'inflation, qui s'accélère depuis mai dernier.
L'inflation, un défi persistant
La question qui taraude désormais les marchés est de savoir si l'inflation dépassera les 3% en mars, avant de redescendre à partir d'avril, scénario le plus probable selon les prévisions. L'appréciation du peso est donc mitigée : elle offre un répit face à l'instabilité mondiale, mais ne résout pas les problèmes structurels de l'Économie argentine.
Le peso argentin, tel un paradoxe, s'est monté plus résilient que ses pairs, mais cette robustesse masque une réalité plus complexe : le pouvoir d'achat des Argentins continue de s'éroder face à la flambée des prix en dollars. La situation demeure fragile, et le marché surveille de près les prochaines décisions de la Banque Centrale.