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Bcra : accumulation de dollars compromise par les échéances de la dette

Buenos Aires – Le Banco Central de la República Argentina (BCRA) a franchi un palier impressionnant, accumulant 61 jours consécutifs d'achats de devises. Une performance qui, à première vue, témoigne d’une maîtrise des flux financiers. Mais le tableau est plus nuancé, voire troublant : l’accumulation des réserves internationales, censée croître proportionnellement, stagne, voire oscille, soulevant des questions sur la véritable destination des dollars injectés dans le système.

Le bcra achète, mais où vont les dollars ?

Le BCRA a enregistré l'acquisition de 93 millions de dollars ce mardi, portant le total à plus de 4,5 milliards de dollars depuis le début de l'année 2026, soit plus de 45% de l'objectif annuel fixé par l’équipe économique. Un chiffre qui, en soi, pourrait être perçu comme un succès. Mais une analyse plus approfondie, révélée notamment par Portfolio Personal Inversiones (PPI), met en lumière une réalité différente : le Trésor Público a directement puisé dans les réserves du BCRA pour faire face à ses obligations.

Le 30 mars dernier, veille de la liquidation d'une émission de titres, le Trésor a acheté 115 millions de dollars au BCRA, tandis que ses dépôts sur le compte du Central reculaient de 41 millions de dollars. La somme globale, 166 millions de dollars, coïncide avec un paiement au Club de Paris effectué ce même jour. Une manœuvre qui, bien que légale, détourne une partie substantielle des dollars acquis par le BCRA de l'objectif initial d'accumulation des réserves.

Federico Machado, économiste, souligne avec justesse que, malgré les achats massifs du BCRA sur le marché des changes, les « Réserves Nettes » peinent à décoller. En d'autres termes, les efforts du Central sont en grande partie absorbés par les besoins de financement du Trésor, laissant peu de marge pour constituer une réserve solide.

L'équation est simple, quoique peu réjouissante : le BCRA se débat pour acquérir des dollars, le Trésor les utilise pour honorer ses dettes, et les réserves internationales stagnent. Un cercle vicieux qui compromet la stabilité financière du pays.

Un jeu d

Un jeu d'équilibriste : dette, liquidités et inflation

Pour tenter de limiter l'impact de ces opérations sur la base monétaire, l'inflation et la pression sur le peso, le Trésor a eu recours à l'émission de dette en pesos, permettant de retirer une partie de la liquidité injectée par le BCRA. Mais cette stratégie ne fait qu'aggraver l'endettement public, créant une nouvelle source de fragilité.

Les projections officielles tablent encore sur une accumulation de 10 à 17 milliards de dollars en 2026, une ambition qui semble de plus en plus hors de portée. Santiago Bausili, président du BCRA, reconnaît que cette accumulation dépendra de la demande de pesos et de l'offre de dollars, des facteurs qui, pour l'instant, ne semblent pas jouer en faveur du Central.

Au moment de boucler cette édition, les réserves internationales se chiffraient à 44,442 milliards de dollars, un chiffre gonflé artificiellement par une appréciation des actifs, notamment l'or, liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Une illusion d'abondance qui ne saurait masquer la réalité : l'accumulation des réserves est un défi de taille, compromis par les impératifs financiers du Trésor et l'incertitude économique persistante.