Dürrenmatt au deutsches theater : le chaos atomique revient hanter berlin
Un soir de gala au Théâtre allemand de Berlin, Bastian Kraft déchaîne les ombres de Dürrenmatt avec Les Physiciens. Un roman glaçant sur la menace nucléaire, plus troublant que jamais dans notre époque.
Une distribution singulière et un drame haletant
Ulrich Matthes incarne l’Irrenärztin Dr. von Zahnd, une figure dissonante à souhait, et les trois physiciens sont superbement interprétés par des femmes. L’identité de cette décision reste un mystère, et l’atmosphère est chargée d’une tension palpable.
Au cœur de ce récit, Möbius, hanté par sa formule démoniaque, se réfugie dans un dédoublement de soi orchestré, se confiant à un sanatorium dirigé par la Dr. von Zahnd. Mais même ici, la sécurité est une illusion. Des infirmières sont assassinées, victimes d’une conspiration complexe.

Des enjeux de pouvoir et une course à l’horreur
Ce qui commence comme une affaire criminelle légère se révèle être une lutte impitoyable pour le contrôle et la domination. L’opératrice principale, Martha Boll, alerte la Dr. von Zahnd sur les troubles croissants, tandis que deux infirmières ont déjà été tuées par des patients. Les enjeux sont vertigineux.
Dans cette mise en scène, Peter Baurs s’appuie sur un éclairage saisissant, jouant avec les ombres et les lumières pour amplifier le malaise. La scène se transforme progressivement en un labyrinthe où l’évasion est impossible. Des portes se révèlent au second regard, révélant des chambres où les physiciens sont enfermés, prisonniers d’une réalité oppressante.

Einstein, newton et les secrets du sanctuaire
L’intrigue s’envenime lorsque Einstein et Newton, infiltrés par des services secrets rivaux, se retrouvent engagés dans une course à l’horreur. Leur mission initiale, l’étude de Möbius, prend une tournure sinistre. Le point culminant est d’une tension insoutenable : un partage de pot-au-feu révèle l’identité cachée de chacun.
Kraft parvient à conserver la justesse du texte original, en exploitant le contraste saisissant entre les deux actes. La pièce est présentée comme une expérience, une séquence implacable qui mène inéluctablement à la catastrophe. Möbius, malgré ses bonnes intentions, échoue. Le savoir, une fois libéré, ne peut être maîtrisé. La formule est là, et les mains fausses sont déjà prêtes à l’utiliser.
Une performance collective exceptionnelle, incarnant à la perfection un thriller à la fois grotesque et profondément ancré dans la réalité. Les avant-premières du 27 avril, 4 mai, 18 et 19 mai, ainsi que les 28 et 31 mai au Théâtre allemand de Berlin, ne manqueront pas à ceux qui cherchent un spectacle intense et provocateur.
