Tchernobyl : un ingénieur ukrainien, témoin de deux cataclysmes
Oleksiy Breus, 67 ans, a survécué à l’accident de Tchernobyl en 1986 et à l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Un parcours semé d’épreuves, marqué par la peur et la perte.
Le jour où le réacteur explosa
Le 26 avril 1986, Oleksiy Breus, alors jeune ingénieur de 27 ans, se rendait à son poste dans le bloc quatre du réacteur nucléaire de Tchernobyl. Ce qu’il allait découvrir allait bouleverser sa vie et celle de milliers d’autres. Un ordre, émanant de Moscou, l’obligea à continuer le refroidissement, malgré les signes alarmants qui se manifestaient. Une décision désespérée, qui allait précipiter la catastrophe.

La solitude d’un dernier homme
Dans ce silence spectral, seul au cœur du contrôle, Breus prit la décision fatidique de presser le bouton final. « Comme à jamais, une étrange quiétude régna là-bas. Pour la première fois, j’étais seul. Pas le murmure des machines, seulement le crissement de mes bottes en caoutchouc. C’est ainsi que j’ai eu l’heureuse distinction d’appuyer la dernière touche du tableau de bord », confie-t-il, avec une amertume palpable. Il n'oubliera jamais le regard désespéré de ses collègues avant de succomber aux effets de la radiation.

De tchernobyl à l’ukraine déchirée
Quelque vingt-six ans plus tard, les sirènes retentirent à nouveau. Cette fois, Oleksiy Breus se retrouva dans un sous-sol à Kiew, face à l’invasion russe de l’Ukraine. La peur, cette compagne fidèle, le saisit à nouveau. L’expérience de Tchernobyl, le souvenir de la radioactivité, ne lui donnaient pas le temps de s’apaiser. Il parvint à s’échapper, rejoignant l’exil polonais, avant de franchir les frontières vers la Suisse, où il vit aujourd’hui avec sa femme, en attendant un avenir incertain.

Un exil silencieux, un souvenir lancinant
Sa pension de guerre de Tchernobyl et les aides sociales, insuffisantes, ne suffisent pas à apaiser les blessures du passé. Il poursuit sa maîtrise de la langue allemande, non sans évoquer avec émotion son pays, l’Ukraine, que son cœur appelle toujours à lui. « Je dois avoir été évacué deux fois. Une fois face à la radiation, une autre face à l’armée », déclare-t-il avec une tristesse contenue. Un homme brisé, mais debout, témoin d’une histoire tragique et d’une résilience hors du commun. Il est le symbole d’une nation en deuil, hantée par le passé, mais déterminée à affronter l’avenir. »n
