Le piège des pourcentiles : comment les grands pollueurs manipulent le climat

L’argument, initialement apparemment rationnel, revient sans cesse : « Quand notre part des émissions mondiales est inférieure à 1 %, comment peut-il être juste que les citoyens britanniques soient désormais invités à sacrifier davantage que les autres ? » C’est l’argumentaire, tel quel, utilisé par Rishi Sunak en 2023, et bien avant lui, par Scott Morrison en Australie et Friedrich Merz en Allemagne.

Une tactic de minimisation, un piège pour l’action

Ces déclarations, souvent brandies en parallèle aux immenses émissions des États-Unis, de la Chine et de l’Inde – responsables collectivement d’à peine plus de la moitié de la pollution carbone mondiale – servent à discréditer toute exigence de réduction pour les nations plus petites, mais riches. Une stratégie cynique, dénoncée par les climatologues.

Le calcul fallacieux du « 1 % »

Le calcul fallacieux du « 1 % »

La réalité scientifique est pourtant bien plus complexe. Les émissions historiques de ces pays – le véritable indicateur du réchauffement climatique – sont incomparablement plus importantes. De plus, les nations européennes, par personne, ont contribué de manière disproportionnée à ces émissions, et seuls maintenant, grâce à des progrès en cours, les émissions annuelles se rapprochent de la moyenne mondiale. « Ces dirigeants ne voudraient pas que le 1 % des citoyens les plus riches n’assurent pas leur part des impôts, l’argument est fallacieux et simplement un déni de responsabilité », souligne le Professeur Piers Forster, climatologue à l’Université de Leeds.

Des nationalistes populistes et la déroute scientifique

Des nationalistes populistes et la déroute scientifique

Recentré sur les arguments de minimisation, le mouvement nationaliste-populiste européen a trouvé un terrain fertile. Des figures de proue du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la France, de l’Espagne et de l’Italie ont allégé leurs politiques climatiques en s’appuyant sur ce même calcul fallacieux. L’unité de l’Europe est menacée par cette approche.

200 Exemples d’argumentation fallacieuse

200 Exemples d’argumentation fallacieuse

Une étude récente de l’Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU) révèle que 200 exemples de tels arguments ont été publiés dans les journaux nationaux de 27 pays dont les émissions globales sont inférieures à 2 %. L’édition du Times, en mars 2025, s'en est servi pour justifier l'inaction du Royaume-Uni, estimant que « le changement climatique est clairement un problème, mais le Royaume-Uni, contribuant à peine 1 % des émissions mondiales, ne peut que faire peu pour l’arrêter. »

La vérité scientifique : la responsabilité collective

Dr Ella Gilbert, climatologue et membre du conseil d’administration de l’ECIU, insiste : « La crise climatique est un problème mondial, et chaque pays doit agir pour réduire ses émissions et construire une économie verte, en particulier ceux qui ont la plus grande responsabilité historique, comme le Royaume-Uni. Le climat ne se soucie pas d’où viennent les émissions de carbone – qu’elles proviennent de plusieurs pays dont les proportions d’émissions sont plus faibles, ou de la Chine et de l’Inde. »

Un appel à l’action, pas à la passivité

Il est temps de dépasser ces artifices rhétoriques et de reconnaître que chaque tonne de CO2 évitée a un impact réel sur la lutte contre le réchauffement climatique. Le Royaume-Uni, malgré sa faible part actuelle des émissions mondiales, a l’opportunité de montrer l’exemple et de conduire la réduction de ses émissions.