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Cancer : une piste révolutionnaire venue du système nerveux

La lutte contre le cancer pourrait connaître un tournant majeur. Gustavo Ayala, pathologiste paraguayen et professeur à l'Université du Texas, propose une approche radicalement nouvelle : cibler les tissus nerveux, véritables sources d'énergie pour les cellules cancéreuses en métastase. Une hypothèse qui bouscule les certitudes et ouvre des perspectives inédites.

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L'invasion perineurale, un processus méconnu depuis plus d'un siècle

Ayala consacre ses recherches à l'invasion perineurale depuis 27 ans, un phénomène découvert il y a plus d'un siècle qui explique comment les cellules tumorales colonisent l'espace autour des nerfs. Son article, publié en juin 2023 dans la prestigieuse revueNature et salué par Science parmi les 10 découvertes scientifiques majeures de l'année passée, révèle un mécanisme fascinant : le transfert de mitochondries, ces centrales énergétiques cellulaires, du nerf à la cellule cancéreuse.

La clé réside dans l'énergie : Ayala a observé que les cellules cancéreuses deviennent “super-athlètes” lorsqu'elles parviennent à “voler” ces mitochondries aux neurones. Cette surcharge énergétique leur confère une force et une agressivité accrues, facilitant leur propagation à d'autres tissus. Une observation qui remet en question l'approche traditionnelle axée uniquement sur les mutations génétiques, Ayala estimant qu'elle n'est “que partiellement vraie”. Le cancer, selon lui, peut aussi se comporter comme un parasite, siphonnant l'énergie vitale des nerfs.

L'accumulation de preuves suggère que les thérapies actuelles, ciblant exclusivement les mutations et les cellules malignes, atteignent leurs limites. “Pour guérir le cancer, il faut soigner les nerfs”, insiste Ayala. Ses recherches se concentrent désormais sur des thérapies spécifiques visant le tissu nerveux, non pas pour guérir le cancer à proprement parler, mais pour bloquer les métastases et permettre aux patients de vivre avec une maladie chronique.

Ses collaborateurs et lui travaillent à l'analyse de médicaments capables d'interrompre cette absorption d'énergie et au développement de traitements améliorant l'efficacité de la chimiothérapie et de la radiothérapie. L'idée est que les tissus nerveux pourraient servir de voie d'accès pour des nanodrogues, facilitant ainsi l'arrivée de ces traitements au cœur des cellules cancéreuses. Paradoxalement, la radiothérapie, souvent utilisée, peut stimuler la croissance nerveuse, contribuant ainsi à la survie de la tumeur.

Face à ce constat, Ayala et son équipe explorent l'utilisation du Botox comme thérapie “neoadjuvante”, c’est-à-dire administrée avant le traitement principal, pour “calmer” les nerfs et améliorer l'efficacité de la radiothérapie. Si les études cliniques à grande échelle restent encore un objectif lointain, l'approche d'Ayala, motivée par le diagnostic de sa fille, offre un espoir tangible et une nouvelle perspective dans la lutte contre cette maladie.

Le chemin est encore long, et Ayala le reconnaît : “L'amélioration de la compréhension est essentielle, mais le développement de thérapies est un processus complexe et difficile à accélérer.” Une phrase qui résume à la perfection l'état actuel de la recherche, oscillant entre promesses passionnantes et réalités pragmatiques.