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Colombie : fracture au sommet entre le gouvernement et la banque centrale

La sérénité apparente de l'économie colombienne s'est fissurée spectaculairement cette semaine. Le départ frac de Germán Ávila, ministre des Finances, de la réunion du conseil d'administration de la Banque de la République, suite à une décision de hausse des taux d'intérêt, a sonné comme un coup de tonnerre, révélant un conflit de fond entre le gouvernement Petro et l'institution monétaire.

Un désaccord majeur sur la politique monétaire

Le cœur du problème réside dans la divergence de vues sur la conduite de la politique monétaire. Alors que le gouvernement, par la voix de son ministre, prônait une approche moins restrictive, estimant que des stratégies importées seraient préjudiciables à la reprise économique nationale, le conseil d'administration de la Banque de la République a voté à la majorité pour une augmentation de 100 points de base du taux de référence, le portant à 11,25%. Cette décision, qualifiée de « disproportionnée » par Ávila, a déclenché une crise institutionnelle ouverte.

Le ministre a dénoncé une décision motivée par des intérêts particuliers du secteur financier, plutôt que par les réalités du terrain. Il a annoncé une distanciation du gouvernement avec la Banque de la République jusqu'à ce que ses politiques s'alignent sur la vision du gouvernement. Une déclaration qui, de source informée, témoigne d'une tension latente depuis plusieurs mois.

Andesco alerte sur les risques pour la démocratie

Andesco alerte sur les risques pour la démocratie

L'Association Nationale des Entreprises de Services Publics et de Communications (Andesco) n'a pas tardé à exprimer son inquiétude. Camilo Sánchez, son président, a fustigé cette situation, soulignant que « dans une démocratie, les positions ne s’imposent pas, elles se fondent sur des arguments techniques ». Il a mis en garde contre les conséquences d'un tel manque de coordination sur la stabilité économique et l'équilibre des pouvoirs, rappelant que « nous n'avons pas de souverains ni de dictateurs en Colombie, mais un régime présidentiel tenu de respecter la loi et la Constitution. » Il a invité le gouvernement à reconsidérer sa posture et à renouer avec une collaboration technique.

Les secteurs économiques ont également manifesté leur vive préoccupation. Jaime Cabal, président de la Fédération Nationale des Commerçants, a dénoncé une attaque contre l'autonomie de la Banque de la République, institution chargée de protéger le pouvoir d'achat des Colombiens. Il a rappelé que « la crédibilité de notre système économique ne peut être sacrifiée pour masquer des erreurs de gestion ». La hausse des taux, selon lui, est un symptôme d'une politique salariale irresponsable, exacerbant l'inflation.

La Banque de la République, de son côté, défend fermement son indépendance constitutionnelle et justifie sa décision par la nécessité de préserver la stabilité des prix face aux pressions inflationnistes, invoquant le devoir de la banque centrale de répondre à des critères techniques, et non à des considérations politiques. Leonardo Villar, le directeur Général, a insisté sur ce point, soulignant que la mission première de l'institution est de contrer l'inflation, même si cela implique des mesures impopulaires.

L'affaire révèle un fossé profond sur la manière de gérer l'économie colombienne, et laisse planer l'ombre d'une instabilité durable. La question qui se pose désormais est de savoir si le gouvernement et la Banque de la République pourront surmonter leurs divergences et rétablir un dialogue constructif, ou si la confiance des marchés et la stabilité du pays paieront le prix de cette confrontation.