Jubilés en espagne : le service militaire, un fardeau oublié ?

La colère gronde devant le siège du PP. Des milliers de retraités espagnols, marqués par le service militaire obligatoire (la « mili »), se sont manifestés ce mardi pour réclamer une revalorisation de leurs pensions. Une question lancinante les hante depuis des décennies : pourquoi des années de service national ne sont-elles pas prises en compte au moment de la retraite ? La réponse, souvent amère, révèle une lacune persistante du système.

Un passé obligatoire, un avenir ignoré

Le service militaire obligatoire, aboli en 2001, a façonné la jeunesse de générations entières. Beaucoup ont opté pour une alternative, la « prestación social sustitutoria », collaborant avec des organisations comme la Croix-Rouge. Pourtant, à l'heure de la retraite, ces périodes ne sont pas considérées comme des années cotisées. Elles n'ajoutent ni au minimum requis, ni au montant final de la pension. Une injustice que ces manifestants refusent d'accepter.

Le Congrès a d'ailleurs voté la suppression d'un décret-loi, surnommé « escudo social », qui permettait une revalorisation des pensions et protégeait contre les expulsions. Une décision qui ne fait qu'ajouter à la frustration des retraités.

L

L'exception oubliée : la retraite anticipée

La loi actuelle est draconienne : ni le service militaire, ni la prestation sociale ne comptent pour la retraite ordinaire. Cependant, un filet de lumière existe : la retraite anticipée. En effet, jusqu'à 12 mois de service militaire ou de prestation sociale peuvent être pris en compte pour atteindre les critères de cotisation, une différence cruciale pour ceux qui souhaitent partir plus tôt. La réforme de 2021 a même étendu ce bénéfice aux femmes ayant effectué le service social féminin, une avancée minime mais significative.

Mais attention, ce calcul est limité. Le service militaire ne sert qu'à atteindre les exigences minimales, et non à améliorer le montant de la pension. De plus, les personnes ayant été déclarées exemptes du service militaire, mais n'ayant pas effectué la prestation sociale, n'en tirent aucun avantage. Un oubli administratif qui pénalise un pan entier de la population.

Une bureaucratie kafkaïenne

Une bureaucratie kafkaïenne

Pour que ces périodes soient reconnues, il faut entreprendre une démarche administrative complexe. Obtention d'un certificat officiel du Ministère de la Défense, accompagné de pièces d'identité, puis dépôt de ce document auprès de la Sécurité Sociale. Un parcours semé d'embûches qui décourage nombre de retraités.

La manifestation de ce mardi n'est qu'un symptôme d'un malaise profond. Ces hommes et ces femmes, qui ont servi leur pays, se sentent aujourd'hui abandonnés par un système qui oublie leur contribution. Leur combat est loin d'être terminé.