Londres: le secteur financier rebondit, défiant les tensions géopolitiques
Un vent d'optimisme inattendu souffle sur la City. Les services financiers britanniques affichent une reprise spectaculaire en début d'année, un contraste saisissant avec la morosité qui régnait sur les marchés à la fin de 2025. Un sondage de la CBI révèle une expansion massive, laissant entrevoir une résilience surprenanteface aux turbulences mondiales.
Le redressement le plus rapide depuis trois décennies
L'étude de la Confederation of British Industry (CBI) rapporte un retournement de situation fulgurant, le plus rapide observé depuis décembre 1996, soit près de trois décennies. Alors que le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran alimentait les craintes, les banques, les assureurs et les gestionnaires d'actifs ont enregistré une croissance notable. Près de deux tiers des entreprises interrogées signalent une expansion de leurs activités, s'éloignant considérablement du solde négatif de 38% enregistré en décembre dernier. Un chiffre qui, pour le moins, surprend.
L’euphorie est d'autant plus surprenante que les banques ont récemment dû débourser 11 milliards de livres sterling pour compenser les victimes de prêts automobiles frauduleux. Pourtant, les cours des actions bancaires ont atteint des sommets inégalés depuis la crise financière mondiale, propulsés par des taux d'intérêt élevés et une rentabilité robuste. Rachel Reeves, figure montante du Parti travailliste, voit d'un bon œil cette performance, qualifiant le secteur financier de « joyau de la couronne » de l’économie britannique, et insistant sur son rôle crucial dans la relance de la croissance du PIB.

Résilience et incertitudes persistantes
John Cronin, analyste bancaire chez SeaPoint Insights, souligne que cette dynamique positive s'explique par une combinaison de facteurs. « L'amélioration de la disponibilité du crédit et la solidité financière des ménages et des entreprises sont autant de piliers soutenant cette reprise », explique-t-il. Mais l'ombre de la guerre en Iran plane. Si le conflit n'a pas encore eu d'impact majeur, les risques pour les taux hypothécaires et la demande de prêts sont bien réels, comme l'a prévenu la Banque d'Angleterre.
Le sondage de la CBI a été achevé le 18 mars, juste après le début du conflit. Les participants n'avaient alors pas anticipé une escalade aussi rapide et durable, ni les conséquences dévastatrices sur le marché de l'énergie, en raison de la fermeture prolongée du détroit d'Ormuz. Alpesh Paleja, économiste adjoint de la CBI, reconnaît que le secteur « digère encore les implications du conflit au Moyen-Orient », soulignant la volatilité des marchés financiers et l'incertitude quant à l'impact économique à long terme.
Bien que le sondage n'ait impliqué que 58 entreprises, il est probable que parmi elles figuraient certains des plus grands noms de la finance britannique, incluant Barclays, HSBC, Lloyds Banking Group et NatWest Group. Après une crise existentielle en 2023, la CBI s'efforce de retrouver son influence et de reconsolider son réseau. Le tableau, bien qu'encourageant, reste donc teinté d'une prudence justifiée.
