general

Pérou : castillo reste prisonnier, la justice s'enracine

La Cour constitutionnelle péruvienne a rejeté ce mercredi le recours en habeas corpus déposé par l'ex-président Pedro Castillo, le maintenant derrière les barreaux. Une décision qui cristallise la crise politique persistante du pays et confirme la fermeté de la justice face à une figure controversée.

Une défense balayée par la cour

Castillo, destitué et arrêté en décembre 2022 après une tentative de dissolution du Congrès, contestait la légalité de sa détention préventive, ordonnée en mars 2023 pour une durée initiale de 36 mois, puis prolongée de 12 mois. Son équipe juridique arguait d'une violation de ses droits fondamentaux et d'un mandat arbitraire. La Cour constitutionnelle a cependant estimé que les décisions judiciaires en question étaient conformes au cadre légal et qu'il n'existait aucun élément de nature constitutionnelle justifiant leur annulation.

L'affaire Castillo est un véritable nœud gordien. Au-delà de la question de sa culpabilité, elle soulève des interrogations profondes sur l'équilibre des pouvoirs au Pérou et la légitimité des institutions.

Des accusations lourdes et une défense en campagne

Des accusations lourdes et une défense en campagne

L'ex-président, ancien militaire, est accusé de corruption, d'organisation criminelle, de collusion et de trafic d'influence dans plusieurs affaires, notamment Petroperú, Puente Tarata et le Ministère du Logement. Il a été condamné en décembre dernier à plus de onze ans de prison pour conspiration à la rébellion, suite à sa tentative de coup d'État. Une sentence qui a exacerbé les tensions politiques et alimenté les accusations de persécution politique.

L'arrivée de José Domingo Pérez, un ancien procureur réputé pour sa participation à l'équipe spéciale Lava Jato, comme avocat de Castillo, marque un tournant. Pérez, qui a été écarté du Ministère Public en mars 2026, a immédiatement dénoncé une “componenda mafiosa” au sein des institutions et a promis de recourir à tous les recours légaux, y compris une intervention internationale pour faire reconnaître Castillo comme un “prisonnier politique”. Une rhétorique qui ne manque pas de diviser l'opinion publique.

Un contexte politique tendu

Un contexte politique tendu

La décision de la Cour constitutionnelle renforce la position du gouvernement actuel, confronté à une opposition farouche et à une crise sociale persistante. La figure de Castillo, bien que discréditée par certains, continue de mobiliser un électorat fidèle, ce qui témoigne des profondes fractures qui traversent la société péruvienne. Keiko Fujimori, candidate à la présidence, a déjà qualifié Pérez d'“acteur politique avec un biais idéologique”, soulignant ainsi la dimension politique de cette affaire.

Le Pérou, déjà marqué par des années d'instabilité politique, semble pris au piège d'une spirale de crises, où la justice et la politique s'entremêlent de manière opaque. La libération de Castillo apparaît pour l'heure comme un scénario improbable, mais les prochaines étapes de cette saga judiciaire promettent d'être riches en rebondissements.