Pérou : la course effrénée vers un nouveau retrait des fonds de pension
Alors que le pays se prépare à des élections cruciales, une fièvre étrange s'empare du Congrès péruvien : quatre projets de loi visant à autoriser un nouveau retrait des fonds de pension des AFP (Administradoras de Fondos de Pensiones) sont sur la table. Un sujet qui, ironiquement, semble avoir perdu de son élan, alors même que de nombreux affiliés se retrouvent déjà à découvert après le retrait de janvier dernier.
Un cercle vicieux de mesures exceptionnelles
L'histoire est pâle imitation de précédentes crises. Depuis la pandémie, le gouvernement péruvien a déjà autorisé huit retraits, sous des formes variées, pour tenter de soulager une population éprouvée. Chaque fois, le même raisonnement : une crise économique, une détresse sociale, une justification ad hoc. Mais cette fois, la justification est particulièrement fragile : « atténuer les effets de l'augmentation du coût de la vie et du ralentissement économique », expliquent les promoteurs des lois, en invoquant une érosion du pouvoir d'achat et une perte de rentabilité des fonds.
Les propositions actuelles, portées par des élus de différentes sensibilités politiques – Perú Libre, Podemos Perú, Bancada Socialista et Renovación Popular – visent à permettre aux affiliés de retirer jusqu'à quatre UIT (Unidades Impositivas Tributarias), soit environ 22 000 soles, un montant substantiel qui fragilise encore davantage le système de retraite.

Un retrait facultatif, mais aux conséquences potentiellement graves
L'argumentaire avancé par Darwin Espinoza de Podemos Perú est le suivant : une augmentation de la liquidités privées, une réduction de l'endettement des ménages, un stimulus économique contracyclique. Mais la réalité est plus sombre. Le retrait massif de fonds, même présenté comme facultatif, sape la capacité des AFP à investir et à assurer les pensions futures. On assiste à une forme d'addiction collective, où la solution d'urgence devient la norme, au détriment d'une planification à long terme.
Il est à noter que les projets de loi prévoient un accès de 1 UIT (environ 5 500 soles) tous les 30 jours, un rythme qui, s'il est adopté, pourrait encourager des retraits successifs et accélérer le processus d'appauvrissement des fonds de pension. L'ironie est mordante : alors que les politiciens promettent de résoudre les problèmes économiques, ils creusent les fondations mêmes du système qui devrait garantir la sécurité financière des Péruviens à l'avenir.
La question n'est plus de savoir si ces retraits seront autorisés, mais plutôt de savoir quel sera le prix à payer pour cette myopie politique.