Piura : keiko fujimori danse sur les cendres de la cumbia, un message politique ?
L'image est saisissante, presque grotesque : Keiko Fujimori, candidate à la présidence du Pérou, sur scène à Piura, entonnant un air joyeux alors que, quelques mois auparavant, une des figures emblématiques de la cumbia locale, Paul ‘Russo’ Flores, tombait sous des balles. Un geste calibré, voire cynique, pour mobiliser l'électorat et surfer sur une vague d'insécurité qui gangrène le pays.
Le deuil comme outil de campagne
Le meeting de clôture de campagne de Fuerza Popular a été marqué par une tentative de récupération de la tragédie qui a frappé l'orchestre Armonía 10 en mars dernier. L’assassinat de ‘Russo’ Flores, chanteur charismatique, a profondément ému la population piurienne, et Fujimori a cherché à capitaliser sur cette émotion, offrant ses condoléances à la famille et dédiant une ovation au défunt. Mais l'exercice, loin d'être perçu comme un hommage sincère, a suscité des critiques acerbes. La scène où la candidate, après avoir évoqué la douleur de la perte, se lance dans une danse énergique sur la scène, a été interprétée par beaucoup comme un manque de respect flagrant.
Fujimori, dont les sondages la placent loin derrière ses concurrents (14% des intentions de vote selon les derniers chiffres), tente désespérément de relancer sa campagne, en surfant sur l'inquiétude grandissante face à la criminalité. Mais l'appel aux armes, appuyé sur des incidents récents – l'attaque contre le groupe Agua Marina, l'attentat à la bombe contre Armonía 10 à Trujillo – semble sonner faux, alors que l'état d'urgence déjà décrété dans les régions du nord ne parvient pas à endiguer la violence.

Un fiscal et un ancien président : le jeu des allégations
L'épée de Damoclès de la justice plane toujours sur la candidate. Fujimori a profité de la campagne pour attaquer violemment José Domingo Pérez, l'ex-procureur anticorruption qui l'avait inculpée pour financement illégal de ses campagnes précédentes. Son accusation ? Un “biais politique”. Le contrepied est saisissant : Pérez, à présent, assume la défense de Pedro Castillo, l'ancien président condamné pour tentative de coup d'État. La chaîne des accusations et des contre-accusations témoigne d'un climat politique délétère, où la vérité est noyée dans un flot de dénigrements mutuels.
Au-delà des promesses électorales – le projet Alto Piura, des canaux d'irrigation, une meilleure prévention des catastrophes naturelles – la question qui se pose est de savoir si Keiko Fujimori est réellement capable de proposer des solutions concrètes à une crise multidimensionnelle. La cumbia, symbole de joie et de convivialité, a été instrumentalisée dans une campagne marquée par la violence et le désespoir. Un choix risqué qui pourrait bien se retourner contre elle.