Piura : la candidate fujimori manie la cumbia et la peur
Dans un Piura tendu
, Keiko Fujimori a conclu sa campagne électorale en unissant la mélancolie d’une tragédie musicale à un discours résolu sur la sécurité. Un spectacle à la fois poignant et stratégique, orchestré autour de la mémoire d’un artiste assassiné et des enjeux immédiats de la criminalité.
Un hommage aux victimes, une promesse de sécurité
L'événement, marqué par la présence de l'orchestre Armonía 10, frappé par le deuil il y a plus d'un an après l'assassinat de son chanteur, Paul ‘Russo’ Flores, a servi de toile de fond à un discours axé sur la lutte contre l’extorsion et le sicariat. Fujimori a rendu un hommage vibrant à Flores, affirmant que “la partie artistique de notre pays a été durement touchée”, avant d’ajouter qu’elle ferait de la restauration de l’ordre sa priorité. La scène, entre émotion et politique, n’a pas manqué de susciter des interrogations sur la manipulation de la douleur à des fins électorales, mais elle a indéniablement capté l’attention.
Le contexte est alarmant. Les attaques contre des groupes musicaux se multiplient, comme le démontre la tentative d'assassinat contre Agua Marina en octobre 2025, et l'attentat à la bombe contre Armonía 10 à Trujillo quelques mois plus tard. La région, comme la capitale, est sous état d'urgence, mais la criminalité, nourrie par des mafias d’extorsion, persiste. La question est de savoir si la promesse de Fujimori de “recupérer l'ordre” est une réponse crédible à ce fléau.
L'ombre de l'accusation plane : Fujimori, qui se présente pour la quatrième fois à la présidence après des défaites amères en 2011, 2016 et 2021, a également saisi l'occasion pour attaquer l'ex-procureur anticorruption José Domingo Pérez, son ancien accusateur, désormais défenseur de l'ex-président Pedro Castillo. “Ce n'était pas un procureur, mais une personne avec un biais politique”, a-t-elle affirmé, contestant la légitimité de l'enquête qui l’a visée pour financement illégal de campagne. L’affaire, loin d’être close, continue de polariser l’opinion publique et de nourrir les tensions politiques.
Fujimori a promis de relancer le projet d'adduction d'eau Alto Piura et de soutenir l'agriculture locale, mais la confiance des électeurs reste fragile. Les sondages la placent loin derrière ses rivaux, et la question de sa capacité à gouverner, marquée par des controverses passées, demeure une préoccupation majeure.
Elle a insisté sur son respect des résultats du scrutin, assurant que les bulletins seraient conservés intacts jusqu'à la proclamation officielle. Mais l'histoire politique du Pérou, et de Fujimori en particulier, est jalonnée de contestations et de crises institutionnelles. La promesse de démocratie doit désormais faire ses preuves.
L'avenir de Piura, et du Pérou, se joue donc entre la mémoire d'un chanteur assassiné, la menace de la criminalité et les ambitions d'une candidate déterminée à briser le cycle des défaites. Les enjeux sont colossaux, et la patience des citoyens est à bout.