Santé : le gouvernement dévoile des chiffres vertigineux, mais les hôpitaux sont loin d’être sauvés

L’urgence est palpable. Guillermo Alfonso Jaramillo, ministre de la Santé, ne mâche pas ses mots : le gouvernement colombien a injecté des sommes colossales dans le secteur, une première dans l’histoire du pays. Mais derrière ces chiffres impressionnants, un constat amer se dessine : le système de santé est en proie à une crise profonde, aux conséquences potentiellement désastreuses.

Un budget gonflé, mais les promesses non tenues

Le budget de la santé a explosé de 50,8% entre 2019 et 2026, passant de 41,4 milliards de pesos à 73,51 milliards. Un bond spectaculaire, présenté avec fierté par le ministre, mais qui masque une réalité bien plus sombre : les EPS, ces entités chargées de gérer l’accès aux soins, peinent à assumer cette augmentation des ressources. Les prix constants, mis en avant, ne sont qu’un écran de fumée pour dissimuler un problème structurel.

Les indicateurs financiers de ces mêmes EPS sont alarmants. Plus de 30% d’entre elles ne respectent pas le capital minimum requis, et certaines, voire une, enregistrent des pertes significatives. Un cercle vicieux qui menace la pérennité du système.

La upc, un indicateur en berne

La upc, un indicateur en berne

La Unidad de Pago por Capitación (UPC), pierre angulaire du financement du système, a connu une augmentation de 17,25% par rapport à l’inflation sous le gouvernement actuel, loin derrière les 9,84% enregistrés durant l'administration précédente. Une progression jugée insuffisante pour répondre aux besoins croissants de la population. Le gouvernement prétend anticiper les paiements aux EPS, une mesure qui, selon lui, assure une liquidité suffisante, mais elle ne comble pas les failles fondamentales.

La situation est loin d’être nouvelle. Depuis 2013, des alertes étaient émises quant à l’instabilité financière des EPS. Des programmes de redressement ont été mis en place, mais ils se sont avérés inefficaces, incapables de résoudre les problèmes structurels qui gangrènent le système. Une réalité amère, consternante.

Renforcer le régime subsidié : une priorité

Renforcer le régime subsidié : une priorité

Le ministre Jaramillo se veut rassurant, en insistant sur l'objectif de renforcer le régime subsidié, destiné à la population la plus vulnérable. Une stratégie qui vise à combler les inégalités d’accès aux soins, mais qui ne saurait masquer la nécessité d’une réforme globale du système. Le défi est immense, et les marges de manœuvre sont limitées.

L’augmentation des ressources n’est pas une panacée. Les chiffres ne mentent pas : le système de santé colombien est confronté à une crise profonde, nécessitant une intervention radicale. L’heure n’est pas à l’optimisme béat, mais à une analyse lucide et à une action courageuse. Le temps presse, et le prix à payer pour l’inaction sera exorbitant.