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Taiwán : cheng li-wun s'aventure en chine, un pari risqué au cœur des tensions

Alors que les tensions dans le détroit de Taïwan atteignent des niveaux inquiétants, Cheng Li-wun, la dirigeante du Kuomintang (KMT), principal parti d'opposition taïwanais, s'apprête à défier l'adversité en effectuant un voyage inédit en chine continentale depuis près d'une décennie. Un déplacement qui, selon les analystes, relève d'une « pari de haut risque ».

Un calendrier explosif : entre trump et les ambitions militaires

Le voyage, qui se déroulera du 7 au 12 avril, intervient à un moment particulièrement délicat. La dirigeante du KMT a été invitée par le Comité Central du Parti Communiste Chinois (PCC) et son secrétaire général, Xi Jinping, pour une visite de la province orientale du Jiangsu, de Shanghai et de Pékin. Cette initiative coïncide avec la préparation d'un sommet crucial entre Xi Jinping et le président américain, Donald Trump, et intervient alors que le KMT et son allié minoritaire, le Parti Populaire Taïwanais, bloquent la proposition du gouvernement taïwanais d'augmenter considérablement le budget de la défense, à hauteur de 40 milliards de dollars.

William Yang, analyste senior pour le Nord-Est de l'Asie chez Crisis Group, souligne le caractère périlleux de cette démarche. « Cheng devra faire preuve d'une extrême prudence dans la présentation de sa vision des relations à travers le détroit et dans l'aborder des dynamiques entre Taïpei et Pékin. Toute perception d'une trop grande proximité avec Pékin pourrait provoquer un effet de rejet qui nuirait aux perspectives du KMT lors des élections locales de novembre. »

Une manœuvre stratégique de pékin ?

Une manœuvre stratégique de pékin ?

Wen-Ti Sung, chercheur associé au Global China Hub de l'Atlantic Council, estime que la chine cherche à orchestrer une « réunion cordiale » avec Cheng afin de « saper l'argument en faveur d'une coopération en matière de défense entre les États-Unis et Taïwan », d'autant plus que le sommet Trump-Xi approche. « Un voyage réussi du KMT aiderait Pékin à éloigner l'épineux sujet des tensions dans le détroit de Taïwan – y compris les ventes d'armes – de l'agenda d'une éventuelle rencontre Xi-Trump. Pékin préfère traiter avec Trump comme un homme d'affaires plutôt qu'un stratège géopolitique. »

Le kmt : une ligne de communication directe ?

Pour le Kuomintang, qui n'a pas exercé le pouvoir à Taïwan depuis dix ans, ce déplacement pourrait renforcer son image comme le seul parti de l'île disposant d'une « ligne de communication directe » avec Pékin. Sung avance que si Cheng parvient à mettre en scène des rencontres chaleureuses et des photographies aux côtés de Xi, le KMT pourrait utiliser cet atout pour affirmer que le dialogue est plus efficace que la dissuasion militaire.

Cependant, Michael Cunningham, chercheur senior au Centre Stimson, met en garde : « Du point de vue politique, il aurait peut-être été plus judicieux de se rendre en chine après une visite aux États-Unis. L'ordre des visites trahit des priorités. » L'ingénieuse stratégie de Cheng pourrait bien diviser le KMT, comme l'a suggéré la maire de Taichung, Lu Shiow-yen, en plaidant pour un budget de défense plus conséquent, entre 25 000 et 31 260 millions de dollars, au lieu des 11 880 millions proposés par son propre parti. Le KMT, historiquement divisé entre une aile pro-américaine et une aile pro-chinoise, se retrouve face à un dilemme : quel camp prévaut en cas de choix cornélien ?

Le jeu est donc lancé. La visite de Cheng Li-wun pourrait redessiner les équilibres régionaux, mais elle ne fait qu'exacerber les tensions sous-jacentes. Seul l'avenir dira si ce pari audacieux portera ses fruits pour le KMT ou s'il se soldera par un contrecoup politique.