Keith altham : le homme qui alluma la scène rock
Le monde de la musique britannique est en deuil. Keith Altham, figure emblématique du journalisme et du marketing musical des années 70, s'est éteint à l'âge de 84 ans, laissant derrière lui un héritage aussi flamboyant que les artistes qu'il a servis.
Un journaliste précédent, un publiciste visionnaire
Altham n'était pas un simple publiciste ; il était un observateur privilégié, un pont entre les artistes et les médias. Sa carrière a débuté dans les pages du Fabulous, où il interviewait déjà Cilla Black et Brenda Lee. Rapidement, il s'est imposé comme un pilier du New Musical Express, décryptant le phénomène musical de son époque et traçant le portrait de légendes telles que les Beatles, les Who et Jimi Hendrix – qu'il a interviewé huit fois, dont une dernière en 1970.
Mais c'est en 1971, avec la création de KA Publicity, qu'Altham a véritablement révolutionné le paysage du rock. Son agence est devenue rapidement le repère incontournable pour les plus grandes stars, des Rolling Stones à Van Morrison, en passant par Slade et Marc Bolan. Un palmarès impressionnant, obtenu grâce à une compréhension aiguë des besoins des artistes et des journalistes, et un sens inné du spectacle.
L'anecdote qui le résume à merveille ? Sa suggestion à Chas Chandler, manager de Hendrix, lors d'un concert à Finsbury Park : “Pourquoi ne pas mettre le feu à votre guitare ?” Une idée qui allait marquer à jamais l'Histoire du rock et devenir une signature de Hendrix, notamment lors du festival de Monterey.

Des amitiés authentiques, des chroniques impertinentes
Au-delà du succès professionnel, Altham cultivait des amitiés sincères avec les artistes qu'il accompagnait. Cependant, il ne se laissait jamais griser par la proximité. Ses descriptions étaient souvent acerbes, mais toujours justes. Slade, “comme un sapin de Noël sur roues”, Keith Moon, “une menace constante pour l'intégrité physique”, Altham ne craignait pas de pointer du doigt les excès, avec un humour mordant et un regard aiguisé.
Son passage à la radio, sur BBC Radio 1 Scene and Heard, et sa participation à des documentaires musicaux comme My Generation ont permis à Altham de partager ses souvenirs et ses analyses avec un public encore plus large.
L'absence d'autobiographie s'est compensée par No More Mr Nice Guy!, une série de lettres ouvertes à ses anciens clients, révélant des anecdotes souvent embarrassantes – Van Morrison confondu avec un chauffeur de taxi en est un exemple pittoresque.

Un héritage durable
Depuis les années 90, Altham a rassemblé ses anciens collaborateurs autour des “Scribblers, Pluckers, Thumpers and Squawkers lunches”, des rencontres conviviales où il partageait ses histoires avec un plaisir communicatif. Ces déjeuners, qui se poursuivent encore aujourd'hui, témoignent de sa passion pour la musique et de son attachement aux relations humaines.
Keith Altham nous a quittés, mais son influence sur le monde de la musique britannique reste indéniable. Le rock'n'roll a perdu un de ses plus brillants stratèges, mais le monde a perdu un conteur hors pair. Sting, l'un de ses clients les plus fidèles, le résumait parfaitement : “un véritable ami, un mentor, et souvent un pourvoyeur d'inconvénients, pricking your inflated pretensions with an arch and pithy turn of phrase that would always leave you smiling.”