Haïti : un oasis d'espoir dans la capitale assiégée
Port-au-Prince, Haïti – Au cœur d'une capitale exsangue, ravagée par la violence et menacée par des gangs impitoyables, une lueur d'espoir persiste. Loin des reportages apocalyptiques qui dominent l'actualité haïtienne, un orphelinat, Have Faith Haiti, dirigé par l'écrivain américain Mitch Albom, offre un sanctuaire aux enfants les plus vulnérables. Un miracle, presque, au milieu du chaos.
Un engagement personnel face à la détresse
Seize ans après le séisme dévastateur de 2010, qui a coûté la vie à plus de 200 000 personnes et laissé plus d'un million de sans-abri, Haïti est au bord du précipice. Le gouvernement est au bord de la dislocation, et la capitale, Port-au-Prince, est le théâtre d'une guerre territoriale entre différentes factions armées. Albom, auteur à succès, et sa femme Janine, ont transformé leur engagement humanitaire en une mission de vie : accueillir et éduquer les enfants abandonnés, les nourrissons handicapés, les enfants mendians dans les rues. Une tâche herculéenne, mais empreinte d'une foi inébranlable.
Le trajet pour atteindre l'orphelinat est un véritable parcours du combattant. Les vols internationaux sont impossibles dans la capitale, et Albom doit effectuer un vol de deux heures de Floride vers Cap-Haïtien chaque mois, suivi d'un survol en hélicoptère, une descente au cœur d'un pays marqué par des lits de rivières asséchés et des montagnes dépouillées de leur végétation. La vue aérienne de Port-au-Prince est saisissante : un amas urbain dense, un labyrinthe de rues chaotiques et de bâtiments délabrés.
Une fois au sol, Albom est escorté par une équipe de sécurité lourdement armée, reflétant la réalité brutale de la situation. “C'est fou, ce qu'il faut pour entrer et sortir d'ici,” a confié Anderson Cooper lors d'une récente visite. “Et vous faites ça tous les mois?” Albom répond : “Oui. Avant que les gangs ne soient un problème, nous avions deux gardes. Maintenant, nous en avons 24.”

Un havre de paix derrière les murs
L'orphelinat se présente d'abord comme une forteresse, avec ses murs de béton de 30 pieds de haut, surmontés de barbelés et de guérites. Une série de portes verrouillées séparent ce monde protégé du chaos extérieur. Mais une fois à l'intérieur, l'atmosphère change radicalement. “Mr. Mitch, Mr. Mitch…”, s’élèvent les chants joyeux des enfants, une ode à l'affection et à la sécurité.
Have Faith Haiti abrite 56 enfants, pris en charge par plus de 50 enseignants et membres du personnel. Des nourrissons aux adolescents, chacun trouve ici un foyer et une éducation. La plupart n'ont pas quitté les 7 acres de l'établissement depuis plus de quatre ans. Ils jouent, font leurs tâches ménagères, assistent à des offices religieux et, surtout, étudient huit heures par jour, en français et en anglais, préparant leur avenir universitaire.
“Tous les enfants méritent de se sentir capables d'envisager un avenir,” affirme Albom, le regard empreint d'une conviction profonde. “De nombreux enfants de l'autre côté de ce portail meurent de faim. Ce n'est pas juste. Si ma femme et moi pouvons faire quelque chose pour changer cela, même un simple geste, ce sera notre contribution.”

Des histoires bouleversantes et une résilience impressionnante
Les histoires qui ont conduit ces enfants à l'orphelinat sont déchirantes. Bettinie, arrivée à l'âge d'un an et demi après la mort de son père lors du séisme. Lorvens, souffrant de malnutrition à 3 ans. Gina, abandonnée par son père à 5 ans, rêvant désormais de devenir avocate. Yonel, le directeur haïtien de l'orphelinat, a lui-même été abandonné à l'orphelinat il y a 36 ans, une expérience qui le motive à offrir un avenir aux enfants d'aujourd'hui. “Presque tous les enfants, lorsqu'ils arrivent, m'appellent 'père'. Ils ont besoin de ce lien,” explique Yonel, incarnant l'amour et l'espoir au cœur de cette crise.
L'orphelinat, financé principalement par Albom et sa femme, ainsi que par des donateurs publics et privés, est confronté à des défis constants, notamment en matière de sécurité et d'approvisionnement en carburant. Mais la résilience des enfants et le dévouement du personnel sont une source d'inspiration. Les 16 étudiants diplômés de l'orphelinat ces huit dernières années ont tous obtenu des bourses d'études aux États-Unis, avec l'engagement de revenir en Haïti après leurs études pour servir leur communauté.
Alors que Haïti continue de lutter contre l'instabilité et la violence, Have Faith Haiti reste un phare d'espoir, une preuve que même dans les circonstances les plus sombres, la foi, l'amour et l'éducation peuvent transformer des vies. Un témoignage poignant de la capacité humaine à reconstruire, même au milieu des ruines.