Upward bound : une évasion littéraire au cœur de l'oubli
Dans les banlieues anonymes
de Los Angeles, un centre de vie pour adultes, Upward Bound, se révèle être bien plus qu'un simple lieu d'hébergement. C'est une prison dorée, un refuge pour ceux que la société a relégués, et le théâtre poignant d'une quête d'expression et de liberté racontée avec une sensibilité rare par Woody Brown.
Un roman né d'une expérience unique
Le premier roman de Brown, Upward Bound, n'est pas un cri de rage, mais une ode à la compassion. Il dépeint avec une précision troublante les vies de ceux qui gravitent autour de ce centre, des résidents aux membres du personnel, révélant les complexités et les absurdités d'un système qui peine à offrir une véritable inclusion. Brown, premier diplômé autiste non-verbal de l'université UCLA et récent alumnus de Columbia, utilise son expérience personnelle pour donner une voix à ceux qui sont souvent réduits au silence.
L'histoire se concentre sur Walter, un personnage autobiographique qui puise son langage dans des références inattendues, des citations issues de Thomas le Petit Train et Toy Story 3. Son incapacité à s'exprimer verbalement ne l'empêche pas de rêver, d'aspirer à une vie d'écrivain, et de nourrir une affection naissante pour Emma, une autre résidente. Leur proximité est paradoxale, comme celle de deux baleines communiquant à travers les ondes, à des profondeurs différentes de l'existence.
Ce qui frappe, c'est l'absence de clichés. Brown ne cherche pas à diaboliser Upward Bound. Au contraire, il explore les motivations de chacun, même celles de Jorge, un résident complexe qui ne demande qu'un peu plus de temps avec son doudou, ou de Dave, le gérant dépassé par les événements. L'auteur dissémine des perspectives multiples, jonglant entre la première et la troisième personne, offrant une vision d'ensemble d'une communauté singulière.
La narration s'étend même au-delà des murs du centre, embrassant le regard détaché d'Avery, une employée de Target qui observe le ballet des arrivées et des départs. « Le groupe bizarre se déplace lentement dans le magasin », rapporte-t-elle, « Il y a dix personnes et deux accompagnateurs. Des gens. Bien sûr, ce sont des gens. C'est juste qu'ils ont l'air flous, comme s'ils n'avaient pas complètement matérialisé après leur transport interplanétaire. » Une observation qui résume à merveille l'isolement et la déshumanisation auxquels sont confrontés ces individus.
Carlos, un ancien délinquant réhabilité, incarne l'espoir et la possibilité de rédemption. Son dévouement envers les résidents est palpable, et sa quête pour retrouver Jorge, disparu, fait converger les différents fils narratifs du roman.
Upward Bound n’est pas exempt de défauts, comme la tendance à l’explication excessive, un travers courant chez les jeunes auteurs. Néanmoins, ce premier roman se distingue par sa sincérité brute et sa capacité à toucher au cœur des contradictions de l'inclusion. C’est l’histoire d’un homme qui a appris à s’exprimer, et un guide émouvant vers le monde des oubliés.
Le roman de Woody Brown est plus qu’une simple histoire; c'est un rappel poignant que la véritable prison est souvent celle que nous nous construisons nous-mêmes, et que la liberté commence par une simple échelle, tendue vers le haut.