Wenham, l'épôt-rousse de l'iliade : un conteur qui déconstruit l'épopée homérique
David Wenham, connu du public pour son rôle dans Le Seigneur des Anneaux, se révèle être un choix surprenant et diablement efficace pour incarner le Poète dans la version contemporaine et décalée de l’Iliade présentée par la Sydney Theatre Company.
Un homerie revisité, à la fois sombre et grinçant
Loin de la tragédie grandiose que l'on pourrait attendre d'une adaptation de l'épopée homérique, cette production, signée Lisa Peterson et Denis O’Hare, se présente comme une réflexion acerbe sur la violence, la guerre et les conséquences d’une orgueil démesuré. Le Poète, magistralement interprété par Wenham, ne se contente pas de narrer l’histoire, il la décortique avec un cynisme affûté, ponctuant son récit de blagues noires et d’observations mordantes sur l’absurdité des conflits.
La pièce, abrégeant les 6 000 vers originaux, se concentre sur les souffrances des femmes endeuillées, des vieillards désespérés et des soldats brisés par la guerre. L’absence de faste et de glorification de la bataille est frappante, un choix délibéré qui accentue le caractère tragique et profondément humain de l’ensemble.

Une partition sonore inventive
Helen Svoboda, triple-menace (compositrice, chanteuse, basse), apporte une dimension sonore unique à la pièce. Son instrument, une basse, devient un véritable personnage, produisant des sons envoûtants – des gémissements de femmes, le crépitement du feu, des cris de guerre – qui soulignent la détresse des protagonistes. Son jeu est à la fois virtuose et poignant, créant une atmosphère oppressante et immersive.
La scénographie, minimaliste, souligne l’aspect oral de la pièce. Un hangar désaffecté, transformé en théâtre improvisé grâce à quelques sandales, des projecteurs portables et un carton de sable, reproduit un espace dépouillé et rudimentaire, rappelant les tavernes où les barde racontaient leurs versions de l’Iliade. David Wenham, incarnant le conteur itinérant, évoque ainsi les origines de l’œuvre : des transmissions orales séculaires, des versions multiples et adaptées pour des publics exigeants.
Malgré un humour parfois un peu trop affiché, qui risque de dérouter certains spectateurs, la pièce réussit à transmettre la puissance brute et la douleur inhérentes à l’épopée homérique. L’interprétation de Wenham, à la fois attachante et désabusée, est un véritable point d’ancrage, nous invitant à réfléchir sur les mécanismes de la violence et les conséquences irréversibles de la guerre. Un spectacle à ne pas manquer, qui nous rappelle que l’histoire ne se raconte pas seulement pour divertir, mais aussi pour nous éclairer sur nous-mêmes.
