Minneapolis : la vidéo d'une course-poursuite remet en question le récit officiel de l'ice
La vérité, parfois, se cache dans l'ombre d'une caméra de surveillance. À Minneapolis, une vidéo récemment divulguée par la ville contredit frontalement la version initiale des faits avancée par l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) concernant une fusillade survenue en janvier. Un revirement d'autant plus retentissant qu'il jette une lumière crue sur les pratiques de l'agence pendant l'opération Metro Surge, cette répression migratoire menée sous l'ère Trump.

Des accusations graves et une vidéo accablante
L'affaire, qui implique deux hommes vénézuéliens, Alfredo Alejandro Aljorna et Julio Cesar Sosa-Celis, a pris une tournure explosive. Selon le récit initial de l'ICE, un agent fédéral aurait été agressé à coups de balai et de pelle à neige. Une version que la vidéo, capturée par une caméra de sécurité de la ville, dément radicalement. Elle montre une course-poursuite qui se termine devant la résidence des deux hommes, suivie d'une confrontation de seulement 12 secondes, un contraste saisissant avec les trois minutes d'altercation décrites par l'agent au centre du litige.
Ce qui rend cette affaire particulièrement troublante, c'est que les enquêteurs fédéraux avaient accès à cette vidéo cruciale dès les premières heures suivant la fusillade, mais ne l'ont examinée qu'près de trois semaines après avoir inculpé les deux Vénézuéliens. Jacob Frey, le maire de Minneapolis, a fustigé cette négligence, dénonçant un “décalage flagrant” entre le récit officiel et les faits avérés, une situation qui rappelle d'autres dérives observées lors de l'opération Metro Surge.
L'affaire ne s'arrête pas là. Les procureurs de l'État et du comté avaient déjà exprimé leur frustration face au refus des autorités fédérales de partager des informations concernant cette fusillade, ainsi que les décès de Renee Good et Alex Pretti, survenus quelques semaines plus tôt. Des décès également entachés de contradictions dans les déclarations initiales des agents fédéraux.
Face à ces accusations, le bureau du procureur fédéral pour le Minnesota, Daniel Rosen, a pris une décision inédite : abandonner les charges contre Aljorna et Sosa-Celis, estimant que les preuves nouvellement découvertes étaient “manifestement incompatibles” avec les accusations initiales. Une décision qui, selon lui, “servirait les intérêts de la justice”.
Les deux hommes, actuellement en attente de régularisation, ont été libérés à plusieurs reprises, malgré les tentatives de l'ICE de les maintenir en détention pour des violations présumées des lois sur l'immigration. Robin Wolpert, l'avocate de Sosa-Celis, a déclaré ne pouvoir commenter l'affaire en raison de l'enquête en cours.
L'ICE, tout en réaffirmant sa position initiale concernant la véracité des témoignages de ses agents, a annoncé qu'une enquête interne était en cours et que les agents impliqués pourraient faire l'objet de sanctions disciplinaires, voire de poursuites pénales. Mais cette promesse de transparence contraste avec l'absence d'actions concrètes concernant les décès de Renee Good et Alex Pretti, laissant planer un doute sur la volonté réelle de rendre justice.
La vidéo, prise dans l'obscurité, montre un homme maniant une pelle à neige, puis un individu poursuivi qui chute et se dirige vers la maison. Les images, bien que fragmentaires, soulèvent des questions cruciales sur les circonstances exactes de la fusillade et sur la responsabilité des agents fédéraux impliqués. Le silence de la ville de Minneapolis, se contentant de qualifier la vidéo de “liée à l'incident”, n'apporte pas de clarté supplémentaire.
