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Bangladesh: la rougeole frappe de nouveau, un siècle après

La rougeole, longtemps considérée comme vaincue, resurgit avec une violence inouïe au Bangladesh, fauchant la vie de plus d'une centaine d'enfants en quelques mois. Une épidémie qui sonne comme un rappel brutal des fragilités de la couverture vaccinale et des conséquences désastreuses de la négligence politique.

Un vaccin oublié, des vies brisées

Depuis mars, plus de 900 cas de rougeole ont été recensés à travers le pays, un chiffre alarmant qui témoigne d'un recul préoccupant des efforts de vaccination. Les experts pointent du doigt le manque de sensibilisation, les difficultés d'accès aux soins dans les zones rurales et, surtout, les lacunes dans la distribution des vaccins, héritage d'une gestion désastreuse des régimes précédents. La ministre de la Santé, Sardar Mohammed Sakhawat Husain, a elle-même reconnu lors d'une intervention parlementaire que le chaos politique des deux dernières années, suite au renversement de Sheikh Hasina en 2024, avait gravement entravé l'acquisition de vaccins et l'organisation des campagnes habituelles.

Un tiers des victimes ont moins de neuf mois, un âge où la vaccination n'est pas encore systématique. Rana Flowers, représentante de l'UNICEF au Bangladesh, souligne l'ampleur des "déficits immunitaires", notamment chez les enfants n'ayant jamais reçu de vaccin ("zéro dose") ou insuffisamment protégés. La situation est d'autant plus critique que, pour éradiquer la rougeole, il faut vacciner au moins 95% de la population, un seuil difficile à atteindre dans un pays de 170 millions d'habitants.

L'UNICEF insiste sur le fait que même de petites perturbations dans la couverture vaccinale peuvent engendrer une accumulation progressive de ces failles immunitaires. Le bilan de 1979, où la couverture vaccinale oscillait autour de 2%, contraste cruellement avec les 81,6% actuels, mais le chemin est encore long. La campagne d'urgence lancée ce mois-ci, ciblant les enfants de six mois à cinq ans dans les districts à haut risque, souligne l'urgence de la situation. Les autorités rappellent aux parents de consulter immédiatement un hôpital en cas de fièvre ou de suspicion de rougeole, plutôt que de se fier aux pharmacies locales.

La rougeole n'est pas qu'un problème bangladais. Les cas ont augmenté en 2024 à l'échelle mondiale, avec plus de 11 millions de cas enregistrés, et des foyers mortels ont été signalés au Royaume-Uni, où deux personnes ont succombé à la maladie, et aux États-Unis, avec plus de 2000 cas en 2025, le pire bilan en trois décennies. Le Bangladesh, qui avait fait d'énormes progrès dans l'immunisation infantile, est aujourd'hui confronté à un rude réveil, une leçon amère sur l'importance d'une vigilance constante et d'un engagement politique inébranlable.

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L'ombre de la négligence politique

Le véritable scandale réside dans le fait que cette épidémie était en grande partie prévisible. Les experts avaient depuis longtemps alerté sur les risques d'une baisse de la couverture vaccinale, mais leurs avertissements sont restés lettre morte. La priorité devrait être de renforcer le système de Santé, d'améliorer l'accès aux vaccins et de relancer une campagne de sensibilisation massive, afin de garantir que chaque enfant bangladais soit protégé contre cette maladie mortelle. Le prix de l'inaction est déjà trop élevé.

Alors que la campagne de vaccination se déploie, l'ombre de la négligence politique plane sur cette tragédie. Plus de cent vies perdues, et combien d'autres pourraient avoir été évitées ?