Dermatologie : le coût exorbitant exclut de plus en plus de patients

Un accès aux soins dermatologiques autrefois considéré comme acquis s'effondre sous le poids d'une flambée des prix. Un nouveau rapport accablant révèle que de nombreux Australiens, confrontés à des consultations dermatologiques de plus en plus chères, renoncent à se soigner, une situation qui pourrait avoir des conséquences désastreuses, notamment en matière de dépistage du cancer de la peau.

Le choc des prix : une première consultation à 230 dollars

Selon Cleanbill, un répertoire de Santéaustralien, le prix moyen d'une première consultation chez un dermatologue atteint désormais 230 dollars australiens, et les rendez-vous de suivi s'échelonnent autour de 190 dollars. Une augmentation significative, presque 18 dollars pour la première consultation et 20 dollars pour les suivis, en seulement un an. Les états plus petits, comme l'Australie occidentale, l'Australie du Sud et la Tasmanie, sont particulièrement touchés. La situation s'aggrave lorsque l'on considère que, pour un rendez-vous d'une heure, certains spécialistes exigent des honoraires exorbitants, pouvant atteindre 1 000 dollars.

Dr Elizabeth Deveny, directrice du Consumers Health Forum, dénonce une situation inacceptable. “Les soins de spécialiste deviennent un luxe, quelque chose qu'il faut budgéter, planifier, et trop souvent, abandonner,” affirme-t-elle. Et elle a raison. Le fossé entre ce que Medicare couvre et ce que les spécialistes facturent ne cesse de se creuser, laissant les patients face à des factures impayables, parfois pour des examens de routine comme le dépistage du cancer de la peau.”

Une pénurie de dermatologues exacerbée par la course aux profits

Une pénurie de dermatologues exacerbée par la course aux profits

Mais le problème ne se limite pas au coût. L'Australie souffre d'une pénurie de dermatologues, avec à peine 700 spécialistes et 130 apprentis à l'échelle nationale. La demande, dopée par des taux élevés de cancer de la peau, est en constante augmentation. Ce qui est plus préoccupant, c'est que de nombreux dermatologues se tournent vers des interventions esthétiques plus lucratives, réalisées en dehors du système Medicare, privant ainsi les patients qui en ont le plus besoin de soins essentiels.

L'Australasian College of Dermatologists pointe du doigt le manque de places de formation, freiné par le financement insuffisant et la capacité limitée des hôpitaux publics et des cliniques de consultation externes. Le cercle vicieux est complet : moins de dermatologues formés, une demande croissante, des honoraires plus élevés et, in fine, un accès aux soins compromis pour une partie de la population.

James Gillespie, PDG de Cleanbill, souligne que les nouveaux patients sont particulièrement pénalisés. “Les arrangements tarifaires avantageux sont généralement réservés aux patients réguliers, laissant les nouveaux patients face à la facture la plus salée.”

Le rapport de Cleanbill, qui s'appuie sur les données de l'Australian Bureau of Statistics, révèle qu'environ 810 000 Australiens de plus de 15 ans n'ont pas consulté un spécialiste lorsqu'ils en avaient besoin en raison du coût. Une statistique alarmante qui met en lumière l'urgence d'une action.

Les dermatologues eux-mêmes justifient leurs tarifs élevés par des coûts croissants : personnel, loyer, assurance médicale, équipement et exigences de conformité. Mais la solution ne réside pas dans la mutualisation du fardeau sur les patients, mais dans une réforme du système Medicare et un investissement accru dans les services de dermatologie publique.

L'heure est à la prise de conscience. Ignorer cette crise, c'est condamner une partie de la population à un risque accru de complications graves, voire mortelles, liées au cancer de la peau. Le système de Santé australien doit agir, et vite, pour garantir un accès équitable aux soins dermatologiques, avant qu'il ne soit trop tard.