Sénégal : une loi répressive menace la santé publique et les droits lgbtq+

Dakar est en état d'alerte. Une nouvelle loi, signée par le président Faye, criminalise les relations sexuelles consenties entre personnes de même sexe et punit la "promotion" de l'homosexualité, plongeant le pays dans une crise humanitaire et sanitaire aux conséquences potentiellement désastreuses.

Le système de prévention du sida, en péril

Le système de prévention du sida, en péril

Pendant des décennies, le Sénégal a été un modèle en Afrique pour la prévention du sida, grâce notamment à l'accès aux populations clés, dont les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Mais cette réussite est aujourd'hui menacée. Amadou Ndiaye, secrétaire général de l'UJEC, une ONG dakaroise qui fournit un refuge aux personnes LGBTQ+ victimes de violence, témoigne : "Nous avons cessé toutes nos activités. Nous ne sommes plus en sécurité." Son organisation, comme tant d'autres, a été contrainte de suspendre ses services face à la répression croissante.

Le 27 mars, la promulgation de la loi augmentant à dix ans la peine de prison pour les "relations sexuelles entre personnes de même sexe" et criminalisant la "promotion" de l'homosexualité a sonné le glas d'un système de santé publique fragile. Alice Bordaçarre, de la FIDH, alerte : "Cette loi risque de criminaliser les activités légitimes de défense des droits fondamentaux, y compris celles des juristes, des professionnels de santé, des journalistes et des ONG."

Les arrestations se multiplient, notamment suite à l'affaire du présentateur de télévision Pape Cheikh Diallo. Plus de 60 personnes ont été arrêtées depuis février, souvent en vertu de l'article 319 du code pénal, qui criminalise les "actes contre nature". Sylvie Beaumont, de HIV Justice Network, souligne que cette vague d'arrestations est "sans précédent dans la région", aggravée par les tests de dépistage du VIH forcés et l'ajout automatique de charges de transmission intentionnelle du virus en cas de positivité.

La santé des populations clés, déjà fragilisée, est en chute libre. Selon le CNLS, les consultations dans les centres de traitement ont diminué de 34,5% et 44% des patients HSH signalent une dépression ou de l'anxiété. Le risque est clair : un retour de l'épidémie, exacerbé par les coupures de financement des programmes de santé communautaires.

L'impact de cette loi s'étend au-delà des arrestations et des restrictions d'accès aux soins. La peur s'est emparée des communautés LGBTQ+, poussant certains à fuir le pays. Les demandes d'asile en France ont augmenté, tandis que la police surveille les frontières pour empêcher les départs. Un climat de terreur s'installe, où la simple expression de son identité devient un acte risqué.

Cécile Kazatchkine de HIV Legal Network conclut avec amertume : "Personne ne pourra plus atteindre les patients HSH. Ils seront trop effrayés pour demander un traitement ou un test." La situation est désespérée. Les organisations de la société civile, prises au piège d'une législation punitive, voient leur capacité d'action se réduire à néant. Ndiaye, le visage marqué par l'inquiétude, résume l'état d'esprit général : "Nos statuts sont révélés, notre orientation sexuelle est exposée. Nous n'avons plus accès aux soins. Nous sommes dévastés."