Édition génétique humaine : la science dépassant les limites de la précaution
Des découvertes prometteuses en matière d’édition génétique, notamment grâce à la technologie CRISPR-Cas9, suscitent un débat éthique intense. L’idée d’« bébés de design» n’est plus une science-fiction, mais une réalité scientifique en devenir, malgré les interdictions légales internationales.
Un élan scientifique tendu vers l’inconnu
Si la plupart des pays, dont le Royaume-Uni, interdisent l’édition germinale – c’est-à-dire les modifications génétiques transmissibles – une série d’études récentes, employant l’édition de base de CRISPR, révèle un optimisme croissant parmi les chercheurs et une partie de l’opinion publique. Ces travaux, autorisés en raison du caractère embryonnaire des recherches menées au Royaume-Uni et aux États-Unis, visent à étudier le développement initial et les maladies.
Dieter Egli, l’un des principaux auteurs d’une de ces études, tempère l’enthousiasme, soulignant que la technologie n’est pas encore prête pour une application clinique. Pourtant, il insiste sur le fait que ces avancées orienteront la recherche vers une utilisation sûre et efficace. Cette attitude, partagée par de nombreux scientifiques, repose sur la conviction que l’éradication des maladies héréditaires par l’édition germinale est inévitable, bien que les préoccupations relatives à la sécurité demeurent prédominantes.

La sécurité, un argument prépondérant
Les lois existantes, largement fondées sur des préoccupations de sécurité plutôt que sur des objections éthiques plus fondamentales, apparaissent donc moins robustes qu’il n’y paraît. Le Conseil National d’Éthique des Bioéthiques britannique, ainsi que les National Academies des Sciences, de l’Ingénierie et de la Médecine aux États-Unis, adoptent une position similaire : l’édition germinale n’est pas intrinsèquement inacceptable. R. Alta Charo souligne que chaque innovation technologique érode progressivement les objections liées à la sécurité, nous poussant vers des questions plus profondes quant à la justification même de ces manipulations.
Il est crucial que toute évolution législative prenne en compte ces questions spécifiques et les utilisations concrètes, plutôt que de se limiter à une définition étroite de la sécurité. L’opinion publique semble anticiper les avancées scientifiques, comme le démontre un récent sondage Ipsos dans le Royaume-Uni, l’Espagne et les Pays-Bas, qui révèle un soutien majoritaire à la correction des maladies génétiques graves, comme la mucoviscidose, et une approbation croissante pour des affections moins sévères, telles que l’asthme.

Au-delà des préjugés : une course à l’amélioration ?
L’évolution du sentiment public, comparée à l’opposition des années 1980 vis-à-vis de la recherche sur la fécondation in vitro, témoigne d’une confiance accrue dans la science et d’une volonté naissante de modifier fondamentalement la nature humaine. Cependant, il est impératif de ne pas précipiter cette technologie. Les maladies qui ne peuvent être traitées par la sélection embryonnaire devraient rester le seul domaine d’application. Les « bébés de design », loin d’être une simple crainte, sont déjà une réalité, avec des couples utilisant des entreprises étrangères pour sélectionner des traits désirables, malgré les interdictions de sélection des donneurs dans le cadre de l’IVF au Royaume-Uni. Les collaborations entre ces entreprises et des laboratoires effectuant des recherches sur l’édition de base soulignent la proximité avec la conception génétique à la demande.
Il convient de reconnaître que les réglementations, bien qu’elles puissent limiter les utilisations les plus sombres, ne pourront jamais les éliminer complètement. Une interdiction temporaire de l’édition germinale, fondée uniquement sur des considérations de sécurité, demeure la position la plus prudente. Mais cette justification ne sera pas suffisante à l’éternel. La conversation sur l’avenir de cette technologie est urgente, et elle doit se dérouler dans la pleine conscience des enjeux inhérents.
